Jeudi 18 octobre 2012 à 20:14

 

Griffonner quelques feuilles, les saigner de quelques mots, quelques images, spectres incomplets d'une époque révolue. Tracer quelques courbes, quelques lignes, et tout détruire d'un revers de l'esprit, d'un éclat de rêve, et recommencer encore, et encore, et encore, jusqu'à perdre pied et s'enivrer, pour un temps, des chimères qu'on trouve dans la destruction non pas de soi, mais de l'autre, d'un tout, d'une envie, d'une vague idée anarchique dans un absurde chaos. Tout effacer, d'un travers de l'esprit, d'une impureté qui se meurt et s'oublie.
Tracer une courbe écarlate et brûler le reste, jongler avec la réalité et ce qu'on voudrait qu'elle soit, au milieu des taches et des cendres, des gribouillages chétifs, des brouillons d'essais, des copies d'incertitudes, et finalement, creuser plus profond dans une peau grisâtre comme on creuse sa propre tombe. Creuser sa déchéance dans une page blanche ternie par les échecs et la peur, ternie par une image déplaisante de ce que nous sommes.
Renaître trois fois et réaliser qu'on tourne en rond dans un esprit fragmenté.

S'éteindre, et ne plus penser...

Faire carnage.

Jusqu'à l'instant propice où naît un battement fébrile, où vacille une lumière, et s'engouffrer corps et âme dans l'idée que le hasard n'est pas toujours qu'un affront, que la providence est l'essence même de l'instant d'égarement, et se perdre dans une étreinte, sans remords, sans regrets, sans doutes, sans inquiétudes, parce que l'idée qu'on se fait de l'avenir, c'est vouloir calculer un misérable coup d'avance et prendre l'univers pour adversaire. Vivre, d'une certaine manière, c'est jouer le coup sans malice ni arrière pensée, sans calcul, sans réelle volonté de gagner ni crainte de perdre. C'est s'oublier, un matin, pour contempler un sourire et s'enivrer dans sa douceur. L'étreindre, l'étreindre maladroitement, nerveusement, parce qu'on ne réalise pas qu'il existe quelque chose de si pur en ce monde qui puisse naître d'une simple envie et de l'imprévu. L'approcher timidement, fiévreusement, et parfois renoncer à l'effleurer pour le préserver, pour prendre son temps, comme pour ne pas le consumer trop vite, pour contempler l'instant suspendu. Un jamais, un peut être, un toujours, réunis en un seul point.

Quand l'instant suspendu se transforme en souvenir, l'alpha et l'omega ont le goût de ses lèvres, alors qu'une brise légère emporte au loin son odeur, la disperse, au coeur d'un dédale d'improbabilité que je contemple avec désir. Un éclat de rire dans ses yeux sombres, une caresse, sa chaleur. Une envie dévorante. Parce que si rien ne sera jamais comme l'idée que l'on s'invente de l'avenir, il n'existe rien de plus certain que la beauté d'un instant fugace et le souvenir que l'on en garde. Un instant, qui défie le temps lui même.

 


 
Par drgabrilus le Jeudi 18 octobre 2012 à 23:19
Merci. Je crois que c'était ce que j'avais besoin de lire en ce moment.
Par maud96 le Vendredi 16 novembre 2012 à 11:26
Un texte entre désespérance et émerveillement : ainsi je l'ai lu. Cueillir la fleur qui résiste et tranche sur les scories du monde, mais la contempler avant, se contenter de la désirer sans la toucher, j'aime l'idée !
 

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